La masturbation en couple, un tabou encore bien ancré

Selon le « Sex Report 2026 » publié par Adam & Eve, près d’une personne sur trois en couple n’aborde jamais la question de la masturbation avec son ou sa partenaire. Un chiffre révélateur… et si c’était le moment d’en finir avec ce non-dit persistant ?

32 % des personnes engagées dans une relation amoureuse déclarent ne jamais parler de masturbation avec leur moitié. Cette donnée m’a interpellée à la lecture du « Sex Report 2026 » de la marque de sextoys Adam & Eve, reçu par mail ce mardi 13 janvier. Pourtant, la pratique est loin d’être marginale : 85 % des hommes et 65 % des femmes disent se masturber, principalement pour le plaisir (51 %) et le bien-être personnel (27 %). Ce silence dit beaucoup du tabou encore tenace autour de l’onanisme, et de la conception parfois très exclusive que l’on se fait de la sexualité au sein du couple.

Du jardin secret au plaisir assumé

Mettons les choses au clair : vouloir préserver une part d’intimité, ne pas tout dévoiler de sa vie sexuelle, émotionnelle ou psychique, est parfaitement légitime. Ce droit au secret m’a été transmis très tôt, notamment par ma mère, qui insistait sur l’importance de conserver une sphère personnelle, même dans une relation affective. Cela dit, je n’ai aucun problème à laisser mon stimulateur clitoridien visible sur le lit ou la table de nuit – autrement dit, à la vue de mon compagnon (et tout va très bien entre nous, rassurez-vous). Il ne s’agit évidemment pas d’imposer une transparence totale ni de transformer le plaisir solitaire en confession obligatoire. Mais derrière le mutisme partagé par près d’un tiers des couples, toutes les motivations ne se valent pas.

« Le sexe, c’est à deux ou rien », vraiment ?

Pour certaines personnes, la masturbation reste un sujet strictement privé, qu’on n’évoque ni avec son partenaire ni avec ses proches. Cette discrétion peut simplement relever de la pudeur. Elle peut aussi être le fruit d’une éducation déficiente, de normes morales bien ancrées, ou encore de la croyance que le plaisir solitaire serait quelque chose de honteux, inutile ou malsain. Si la société évolue peu à peu vers une vision plus saine de la masturbation – féminine comme masculine –, chacun avance à son rythme, selon son vécu, son environnement et son accès à l’information. Et c’est parfaitement acceptable.

En revanche, il existe une vraie différence entre un malaise personnel et l’idée, souvent implicite, que la masturbation n’aurait tout simplement pas sa place dans le couple. Lorsque j’ai évoqué le sujet de cette chronique avec ma collègue Alison avant une conférence de rédaction, elle s’est indignée en évoquant des personnes pour qui « regarder du porno, c’est tromper ». Cette discussion m’a rappelé une conversation datant de 2016 avec une amie, très catégorique à l’époque : « le sexe, c’est à deux ou rien ! ». Honnêtement, je doute qu’elle ait changé d’avis depuis. Comme si être en couple signifiait renoncer à toute forme de plaisir autonome, comme si aimer impliquait de céder l’exclusivité absolue de son corps, jusque dans ses gestes les plus intimes. Pourtant, le psychiatre Philippe Brenot rappelle que « l’autoérotisme correspond à un plaisir distinct : il coexiste avec la sexualité de couple sans jamais lui faire concurrence ».

D’autant plus que l’exploration de son propre corps est bénéfique à bien des niveaux, à commencer par l’estime de soi et la connaissance personnelle. Comme l’explique la sexothérapeute Claire Gmür dans les colonnes de « Slate » : « la masturbation permet d’apprivoiser son corps, de comprendre ses réactions, d’identifier ce qui procure du plaisir ou non. Qu’est-ce qui me fait du bien ? Qu’est-ce que j’apprécie davantage, ou moins ? »

De l’idée reçue au contrôle toxique

La masturbation n’altère en rien la qualité de la sexualité à deux – et inversement. Même dans une relation sexuellement épanouie, pourquoi faudrait-il abandonner une pratique intime, souvent installée depuis longtemps, au nom d’une loyauté mal comprise ? Surtout quand cette prétendue « infidélité » ne concerne que soi-même ou une image virtuelle. D’ailleurs, selon une étude menée par Tenga, 81 % des personnes interrogées estiment que la masturbation en solo a amélioré leur relation de couple ou leur mariage. Pourtant, certaines femmes ressentent encore de l’anxiété à l’idée de se masturber, craignant que leur partenaire y voie un signe d’insatisfaction ou une remise en question de leur sexualité partagée.

Cette croyance devient particulièrement problématique lorsqu’elle glisse vers une forme de contrôle. Récemment, le créateur de contenu Arthur Aubœuf partageait sur Instagram cette réflexion : « Un ami m’expliquait qu’il refusait catégoriquement que sa copine possède un sextoy. Choqué, j’ai interrogé plusieurs femmes autour de moi. C’est là que j’ai réalisé qu’un nombre impressionnant d’hommes sont encore totalement opposés à l’idée que leur compagne puisse se toucher ou ressentir du plaisir sans dépendre directement d’eux. » Une atteinte évidente à la liberté individuelle. Au-delà de l’ego, ce qui devrait primer reste l’épanouissement global de son ou sa partenaire. D’autant que la masturbation favorise la libération d’endorphines et d’ocytocine, réduisant le cortisol – l’hormone du stress – et renforçant la confiance en soi. En cas de doute réel sur la satisfaction sexuelle de l’autre, une seule solution : le dialogue. Mieux se connaître n’a jamais nui à personne… et encore moins à l’amour.

Je m'appelle Claire,

Et si ce texte peut éviter à une femme de douter d'elle, ou aider un couple à retrouver quelque chose de simple et vivant…

Alors j'aurai eu raison de l'écrire.

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